L'imminence de la guerre

petit_journal_assassinat_caillaux.jpgL'actualité des six mois précédant la Grande Guerre n'a pas été, comme on pourrait l'imaginer, ponctuée de cris d'alarmes sur l'imminence d'un conflit. Certes, l'éventualité d'une guerre était régulièrement évoquée, mais surtout au travers des déclarations pacifiques entre les pays Européens.


De nombreux articles reviennent néanmoins sur les relations entre les uns et les autres : si une guerre est envisagée, il est difficile de dire comment elle sera déclenchée, et par qui. Même après l'attentat de Sarajevo contre l'Archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, et qui est aujourd'hui considéré comme l'élément déclencheur de la guerre, la presse ne rend pas compte de ce phénomène, il faut attendre la semaine précédant le conflit pour comprendre que la guerre va avoir lieu, et même seulement les 3 ou 4 jours précédents.


Les zones de tensions et de conflits qui reviennent régulièrement à la Une concernent la zone des Balkans, comme dans les mois et les années précédentes. On évoque souvent l'Albanie et la région de l'Epire (région de montagnes à cheval aujourd'hui entre la Grèce et l'Albanie) qui refuse d'être rattachée à l'Albanie.


Dans le monde, trois autres gros foyers de tensions apparaissent : la guerre civile au Mexique avec la guérilla menée par Zapata et l'intervention des États-Unis à Veracruz, l'Irlande avec les prémisses de velléités d'autonomie (le conflit va durer un siècle !) et enfin les opérations de "Pacification" du Maroc, alors province française, qui donneront lieu à des combats entre occupants français et résistants marocains dans la région de Taza.


Les grandes affaires judiciaires

Ce sont également les suites de l'affaire Cadiou, du nom de ce patron d'usine à la "Grand Palud", mystérieusement assassiné, qui reviennent régulièrement en première page.


Mais la grande affaire judiciaire de cette période, c'est bien entendu, le 16 mars, l'assassinat du directeur du Figaro, Gaston Calmette, par la femme du Ministre des Finances, madame Caillaux. Son geste entraînera la démission de son époux de son poste et déstabilisera le gouvernement déjà bien malmené. Le procès qui s'ensuivra, quelques jours avant le début des hostilités en Europe, aboutira à son acquittement.


L'assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet, n'aura que fort peu d'échos, la déclaration de guerre venant bouleverser toute l'actualité. Ce n'est qu'après la guerre (et l'acquittement du meurtrier, Raoul Villain), que l'Histoire viendra inscrire cette journée comme l'un des faits marquants de l'avant-guerre.


Économie et politique


Les suites du scandale de l'incident de Saverne témoignent de la détérioration des relations entre l'Alsace-Lorraine (territoire allemand depuis la guerre de 1870) et le reste de l'Allemagne. La lecture du Petit Journal ne laisse aucune ambigüité : on a l'impression que la région est toujours Française, et la première victoire de la France au début de la guerre sera hautement symbolique, puisque nos troupes occuperont le sud de l'Alsace.

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En matière d'économie et de politique intérieure, deux sujets reviennent sans arrêt : la fameuse "loi des trois ans" qui a porté la durée du service militaire à trois ans au lieu de deux, et qui même adoptée depuis des mois continue à diviser violemment la classe politique ; et l'instauration de l'impôt sur le revenu que nous connaissons tous mais qui créait - on l'imagine volontiers - beaucoup d'agitation. Ces deux événements conjugués mettront à mal le gouvernement de Gaston Doumergue, récemment mis en place, qui est battu lors des élections législatives, au printemps 1914. Le gouvernement Ribot prendra sa succession, mais, très mal accueilli, il est aussitôt renversé. Il n'aura duré que trois jours, et est remplacé par celui de René Viviani.


Du sensationnel, toujours


Les faits divers sanglants restent habituels à la Une du Petit Journal, et on ne compte plus les meurtres et accidents horribles racontés avec force détails. Deux événements méritent toutefois qu'on s'y attarde : le naufrage du navire Empress of Ireland au Canada, l'une des plus grandes catastrophes maritimes de tous les temps (plus de 1400 morts) pourtant oubliée aujourd'hui, et les intempéries à Paris, avec de très violents orages qui vont causer de multiples effondrements et excavations en plein Paris.


Les journalistes


Les chroniqueurs du journal quant à eux restent les mêmes, des articles pourfendant l'administration de Jean Lecoq (de son vrai nom Ernest Laut, merci à la personne qui nous l'a signalé) à la vulgarisation scientifique de l'abbé Moreux, sans oublier les interventions du Colonel X (alias Henry Bidou), pour tout ce qui concerne l'armée et les militaires, source d'intérêt récurrente. Le directeur du journal, Stéphen Pichon, interviendra sous sa plume dans les derniers jours avant le début du conflit, même si l'on se doute que c'est lui qui produisait déjà les articles les plus importants, sans les signer.

> toutes les "chroniques d'une guerre annoncée", du 4 août 1913 au 3 août 1914




Notre rubrique "chronique d'une guerre annoncée", lancée le 4 août 2013, va maintenant céder sa place à l'actualité de la Grande Guerre au jour le jour selon le même principe, à savoir un article extrait de la Une du quotidien le Petit Journal, chaque jour, pour mieux vous faire revivre l'actualité telle qu'elle a été vécue par nos ancêtres il y a cent ans.
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