pigalle-jp_prudence.jpgLe 3 octobre 1782, dans l’église St Philippe du Roule, est baptisée une fillette appelée Geneviève Alexandrine, « née de père et mère inconnus ».

Le 9 mai 1786, l’enfant est confiée à une sorte de nourrice, Marie Pierrette LEGRAND, veuve de Pierre GOUGELET, maîtresse de pension à Montmartre, rue des Martyrs ; elle est dès lors appelée Adèle : sans aucune explication à ce changement de prénom.

Le 6 mars 1790, la veuve Gougelet dépose une requête auprès du Tribunal qui juge habituellement les problèmes de tutelle ; elle déclare qu’à son avis les parents de l’enfant sont le sculpteur Jean Pierre PIGALLE, neveu du célèbre Jean-Baptiste PIGALLE, et sa femme Marie Jeanne FONTAINE, qui vient de décéder le 29 janvier, et elle demande que l’on donne un tuteur à cette enfant.

- Première bizarrerie, on ne parle pas de celui qui paye la pension ; la veuve Gougelet déclare que la mère en décédant a laissé « une fortune assez considérable » ; mais elle dit aussi qu’ils habitaient « La Petite Pologne », alors l’un des quartiers les plus pauvres et mal famés de Paris (actuellement le très chic 8ème arrondissement).
- Autre bizarrerie : les éléments recueillis sur Geneanet donnent au couple Pigalle trois enfants : Jean Baptiste (né en 1772), Alexandrine Prospère (née en 1775) et Pierre (né en 1778) ; la veuve Gougelet ne parle que de deux, Jean et Alexandrine.

Mais on tombe dans une grande perplexité avec la déclaration d’un autre témoin, Marie Jeanne BIGNON, femme d’Etienne Marie MULOT, courrier de la Poste de Choisy le Roi : elle dit que c’est elle qui a nourri l’enfant, pendant 14 mois, ce qui nous mène début 1784 ; que l’enfant lui avait été confié par une dame dont elle a oublié le nom : « une grande dame pâle, un peu maigre, qui lui a semblé avoir dans les 27 ans » ; la précision est étrange, on aurait mieux compris 25 ou 30 ; mais elle tombe juste si il s’agit bien de Marie Jeanne Fontaine, née en 1755.

Les hypothèses


La première hypothèse est celle de la veuve Gougelet, à savoir que les parents de l’enfant sont tout simplement Jean Pierre Pigalle et sa femme ; mais on ne comprend pas pourquoi elle a été déclarée de parents inconnus, et pourquoi elle a changé de prénom.

Une seconde hypothèse est que cette « Adèle » est la fille adultérine du père : mais l’adultère masculin était très bien admis à cette époque, et encore plus dans les milieux d’artistes.

Reste donc l’hypothèse d’une fille adultérine de la mère : cet adultère-là est beaucoup moins bien accepté, et expliquerait l’anonymat ; cela expliquerait pourquoi c’est le décès de la mère qui pousse la veuve Gougelet à déclencher une procédure judiciaire, Jean Pierre Pigalle refusant de s’encombrer d’un enfant qui n’est pas le sien.

D’autant plus que lors du décès de Marie Jeanne Fontaine elle et son mari sont séparés de biens ; et dans sa déposition la femme Mulot indique qu’aucune des personnes venues voir l’enfant ne s’est jamais présentée comme le père ; enfin, l’un des témoins, Charles Alexandre Henri FOULLON, procureur au Châtelet, insiste sur le fait qu’à son avis Marie Jeanne Fontaine était bien la mère, et passe délibérément sous silence le père, dont il a dit ignorer le nom.

photo : statue "La prudence" à l'Hôtel des Monnaies de Paris, de Jean-Pierre Pigalle
vignette : acte du Châtelet

A voir :

- le projet « Familles Parisiennes »
- l'acte du châtelet
- Jean Baptiste Pigalle sur Geneastar
- Jean Pierre Pigalle sur Wikiphidias