Fabien_Larue.jpgAvez-vous eu, vous-même, une initiation en généalogie à l’école ?

Non, je n’ai pas eu cette chance, mais cela m’aurait plu. Je suis un généalogiste amateur initié par mes grand-parents paternels il y a une vingtaine d’années. Nous parlions souvent dans ma famille des anciens et de leurs histoires.


Qu'est-ce qui a motivé ce désir d'intervenir dans les écoles ?


L’année dernière, j ‘ai accompagné la classe de CM1 (en 2013) de mon aîné pour un séjour classe verte. Nous avons discuté un soir de généalogie avec la directrice qui est prof d’histoire de formation. et je lui ai proposé d’intervenir à l’école pour initier les écoliers… Après une première expérience au printemps 2013 avec les CM1, nous avons poursuivi l’aventure cette année avec 2 classes de CM2.
Recentrer les enfants sur leur cellule familiale et renouer le lien inter-générationnel avec leurs anciens peut être contributif à leur épanouissement en adultes responsables.
La généalogie développe un aspect multidisciplinaire qui amène les écoliers à aborder moult matières de leur programme (français, math, histoire, géo, civisme, graphisme/dessin …)


Qu’espérez-vous transmettre aux enfants ?


J’espère exciter leur curiosité quant aux recherches et aux découvertes ; je voudrais mieux leur faire découvrir leur famille dans le temps, pour qu’ils puissent apprendre à relativiser.
Avant tout, je cherche d’une manière ludique à leur permettre d’apprécier le fait d’apprendre et de chercher.


Lors de vos interventions dans les classes élémentaires, quel intérêt suscitez-vous de la part des élèves ?


Les « généa-élèves » sont très sensibles en ce qui concerne leur environnement direct (famille, village, région). Les prénoms et les noms font partie d’une grande discussion où ils découvrent que cela s’est formé de la même façon quels que soient les pays (préfixes ou suffixes signifiant « fils » par exemple).
Ils aiment beaucoup les documents (photos, archives) et les objets réels (médailles, douilles d’obus, objets napoléoniens…), et sont curieux de savoir « comment on faisait avant », quand on n’avait pas la télé, le téléphone, l’électricité, la voiture….


Les parents sont-ils favorables à cette initiation ?


Oui, ils sont sensibles à la découverte de la famille et des anciens par leurs enfants et mes interventions sont très bien acceptées. La question de familles recomposées ou monoparentales ne s’est pas franchement posée car je propose une recherche très ouverte aux enfants.


Après vos interventions, de quelle manière les enseignants prolongent-ils votre initiation ?


Je n’en ai aucune idée, mais les enseignants sont ravis à chaque intervention, d’autant plus qu’un objectif a été proposé cette année : le brevet du jeune généalogiste délivré par la FFG.
Nous allons le 23 mai, lors d’une sortie pédagogique, visiter les archives départementales des Pyrénées-Orientales avec les deux classes de CM2 : ils pourront découvrir les « vrais » documents. Nous en profiterons pour poursuivre le travail sur leurs arbres.


Avez-vous des contacts avec des chargés de programmes scolaires pour mettre cela en place de manière officielle ?

Non, j’ai eu  une discussion avec une personne chargée de la culture au rectorat concernant une accréditation, mais la généalogie ne fait pas encore partie des activités susceptibles d’être incorporées au programme scolaire (contrairement au Québec).

J’ai eu néanmoins plusieurs contacts, instituteurs, professeurs, ou intervenants qui se sont lancés dans cette belle aventure qu’est la généalogie à l’école. Actuellement, je suis en relation avec Mme Evelyne Duret*, chargée de la généalogie junior à la FFG, avec qui j’espère créer une émulation qui nous conduira peut-être un jour à proposer un dossier au ministère de l’Éducation Nationale.


Quel résultat pédagogique avez-vous pu constater ?

Courant décembre 2013, je suis venu faire une après-midi « Histoire » avec les 2 classes de CM2. Je me suis vite rendu compte des lacunes des enfants concernant la chronologie et les dates phares… Mais cette séance « exceptionnelle » a été plus que positive car lorsque l’on sait piquer leur curiosité, les écoliers sont intarissables de questions.

 Je ferai un bilan de fin d’année avec les maîtresses pour évaluer l’impact des interventions. Je voudrais faire de ces interventions au primaire, voire au collège, le cœur de ma future activité professionnelle de généalogiste. Planter des graines reste une activité essentielle et prioritaire lorsque l’on anticipe les sociétés de demain...


> poursuivez l'expérience sur le blog de Fabien Larue : http://genealecole.blogspot.fr/


* voir son interview en vidéo dans la première partie de notre tour d'horizon sur la généalogie à l'école