portrait.jpgPourquoi Charlemagne ?


L'empereur à la barbe fleurie est une référence historique. C'est un symbole fort non seulement parce que tout le monde en a entendu parler à l'école, mais aussi parce qu'il représente un grand conquérant, réputé fondateur de la France, et parce qu'il véhicule cette image d'un souverain bon envers son peuple.


La réalité historique est bien sûr beaucoup plus nuancée. Concernant les généalogistes, il est probablement devenu un symbole (avec Hugues Capet) parce qu'il est de façon certaine reconnu comme l'ancêtre clairement identifié de tous les Rois de France. Au-delà, on trouvera Clovis et d'autres personnages, mais ceux-ci sont trop éloignés dans le temps, et leurs filiations souvent incertaines ou incomplètes.
Rappelons que Charlemagne a vécu entre 742 et 814. A son époque vivaient en "France" environ huit millions d'habitants. Pour une personne vivante aujourd'hui, on atteint à cette époque le chiffre de 40 à 45 générations d'ancêtres.


Le petit calcul exponentiel que l'on peut alors réaliser (2 puissance 40) représente donc un total d'ancêtres vivants aux alentours de l'an 800, pour une seule personne, de 1000 milliards (voir ce passionnant article). Que l'on multiplie par 60 millions d'habitants pour la France entière... Un chiffre vertigineux et que l'on sait erroné : on comprend vite qu'il est théoriquement fort probable que l'empereur à la culotte à l'envers figure parmi nos ancêtres, et que ses descendances se croisent à d'innombrables reprises jusqu'à nous.


Tout le monde peut retrouver des ancêtres nobles !


Continuons avec les chiffres : chaque Français actuel possède aujourd'hui 70% d'ancêtres paysans. Parmi les 30% restants, on trouvera les artisans, la petite bourgeoisie et même la grande, mais la chance de retrouver des ancêtres nobles se réduit vite lorsqu'on part de simples paysans. Pourtant, la noblesse a subi plusieurs revers de fortune, qui ont propulsé des familles entières dans la modestie sociale. Près de nous, la crise financière de 1929 et les deux guerres mondiales ont mis à mal des familles déjà en difficulté. Un peu plus loin, c'est la Révolution Française qui en a appauvri d'autres.


blason.jpgSi vous ne trouvez pas d'ancêtres noble à ces périodes charnières, vous conservez néanmoins toutes vos chances d'en dénicher après la guerre de 30 ans, une période difficile en Europe qui a considérablement appauvri de multiples familles, obligeant des nobles à marier leurs enfants avec de simples roturiers, certes issus de la bourgeoisie et de bon niveau financier, mais dont la descendance allait se fondre dans la bourgeoisie moyenne, puis le temps passant dans des milieux encore plus modestes, jusqu'à de simples laboureurs dont nous pouvons être issus.


Chaque généalogiste peut donc se permettre de rêver : il lui suffit d'un peu de chance pour trouver parmi quelques "sieur" ou autres "honorable homme" le laboureur issu d'une lignée prestigieuse.



Quels documents pour retrouver ses ancêtres nobles ?

Ce n'est guère dans les registres paroissiaux que vous allez obtenir la certitude que telle ou telle personne avait du sang bleu. L'étude scrupuleuse des actes notariés et de tous ceux dans lesquels la fortune ou les titres pouvaient être évoqués, les armoiries (ceux d'une famille changent rarement), mais surtout les ouvrages réalisés depuis (armoriaux comme le "Rietstap" ou le "D'Hozier", usuels comme le "La Chesnaye Des Bois", le "Foras", le "Guichenon", etc) ou peu après vous mettront sur la voie.
Grâce à Internet, il est relativement simple d'effectuer une recherche dans la Bibliothèque ou sur Gallica pour y trouver des mentions d'ancêtres nobles. Une fois que l'on tient un petit bout de fil, il suffit de tirer dessus, et c'est toute la pelote qui se déroule.


chesnaye_desbois.pngLa méthodologie pour continuer son arbre diffère alors considérablement des recherches traditionnelles. Plus d'état civil , peu de dates ou de lieux, on s'attache alors aux "maisons", aux armoiries, aux fiefs, et l'on scrute les ouvrages de tout genre que l'on compare, car certains se contredisent, pour s'orienter vers des sites ou des arbres spécialisés comme "roglo", "pierfit" (sur Geneanet) ou Medieval lands (en anglais), ainsi que des forums ou listes de discussion.
La magie opère alors : des personnes mortes au XVIe siècle reprennent vie, d'innombrables ancêtres viennent s'y raccrocher, et l'on trouve même des récits détaillés sur leur vie, quelques portraits, des photos des châteaux où ils ont vécu... c'est toute notre généalogie qui reprend vie.


Mais attention : retrouver une lignée noble ne signifie pas pour autant que vous allez vous rattacher de façon certaine à Charlemagne. Encore faut-il que parmi toutes ces familles de bon niveau, des alliances aient été contractées avec les familles - d'un niveau encore plus élevé !- descendant directement de l'empereur.
Ou plutôt que l'on trouve suffisamment de traces pour retrouver leurs alliances...


Si c'est le cas, certains s'attachent à prolonger les lignées beaucoup plus loin que les Francs, les Mérovingiens, les Carolingiens, les Robertiens, les Pippinides... : on peut même se rattacher aux Pharaons d'Egypte ou aux Vikings et s'éparpiller ainsi dans la nuit des temps. D'autres critiquent cette frénésie qu'ils jugent vaine.
Laissons à chacun ses opinions : la généalogie reste un loisir passionnant, amusant, émouvant. "Remonter jusqu'à Charlemagne" est un challenge comme un autre, et s'y raccrocher reste un événement marquant dans une recherche généalogique.

> A lire, notre article publié la semaine dernière sur les ressources disponibles sur Geneanet concernant vos ancêtres nobles

> La semaine prochaine, nous évoquerons l'art du blason pour clore cette série de notes.

ERRATUM : dans cet article Charlemagne a été confondu avec Dagobert à propos de la "culotte à l'envers", toutes nos excuses à ceux qui ont été choqués par cette coquille