Nos_familles_dans_la_Grande_Guerre.jpg- Pourquoi ce livre ?
- Mon éditeur, voulant publier un livre sur la Grande guerre à l’occasion du Centenaire, m’a proposé d’en écrire un. J’ai commencé par lui répondre que je n’étais pas historien. Mais en pensant à ce qu’avaient vécu des familles que je connais – et certaines branches de la mienne, j’ai réalisé que cette guerre avait modifié, bousculé, infléchi nombre de trajectoires familiales. J’ai ainsi réalisé que l’on n’avait jamais cherché à mesurer l’impact de cette guerre sur le destin des familles, et que c’était là un sujet original et sur lequel je pouvais, en tant qu’historien-généalogiste, travailler en toute légitimité.

- Comment avez-vous procédé ?
- J’ai commencé par lancer des appels à témoins, que les media ont immédiatement relayés : Notre Temps, le Journal du Dimanche,… et bien sûr GeneaNet et la Revue Française de Généalogie…  Et j’ai reçu près de 700 témoignages ! Je les ai lus, inventoriés, classés, en fonction des situations décrites. J’ai ensuite contacté la plupart des familles et travaillé avec elles, dans un total climat de compréhension et de confiance.

- En fait, il n’y a pas que les témoignages…

- J’ai voulu faire un livre complet : le livre que j’aurais voulu moi-même trouver. Un livre éclairant au maximum la vie des familles face à la guerre, et ai donc ajouter une trentaine de dossiers, consacrés à des sujets satellites (mobilisation, pensions, grippe espagnole, don d’or, marraines de guerre, « gueules cassées », monuments aux morts…). Sans oublier des pages techniques, donnant des références et des directions de recherches, pour qui veut travailler sur un ancêtre Poilu.

- Et l’écriture ?
- L’émotion étant là, partout, j’ai voulu rendre au maximum la parole aux familles. Le plus souvent, ce sont donc les enfants, petits-enfants ou arrière petits-enfants du poilu, qui parlent. Une photographie aide parfois à prendre la mesure et parfois deux, « avant » et « après » la guerre.
J’ai voulu humaniser au maximum ce livre, en citant les noms, les prénoms, les âges et les lieux précis. J’ai gommé l’anonymat, pour que le lecteur puisse « entrer » avec moi « dans les familles » et sentir les destins modifiés. Voilà les Grézanlé, paysans du Loir-et-Cher : douze fils en 1914 ; plus que six en 1919 (le triste record...). Voilà Lydia, fils de gros viticulteurs de l’Hérault, veuve de guerre, contrainte d’épouser son beau-frère. Voilà Julien, un petit vendéen en sabots, à qui la mobilisation offrira l’occasion de s’élever. Miracle des infirmières, voilà Eloi Lepers, un gars du Nord, qui se mariera à Brive, alors que les Plouzennec, du Finistère, se retrouveront en Languedoc, et que la fratrie des Visigny, de Crécy-au-Mont, dans l’Aisne, sera définitivement séparée.
Avec la guerre, ce sont des couples qui se forment et d’autres qui éclatent. Des familles ruinées – et d’autres qui s’enrichissent… Des familles brouillées et d’autres réunies.

- L’impact est donc énorme…
- Énorme et général ! Presque toutes les familles ont été touchées. Et de façons très diverses. Des deuils, oui, mais aussi bien d’autres épreuves, notamment après la guerre. La palette des impacts est extrêmement large. Toujours émouvante, mais pas forcément triste…. Il y a aussi des souvenirs amusants !
Mais il y a surtout une mémoire et un devoir de mémoire, auquel j’espère que participera ce livre, écrit par un généalogiste et d’abord pour les généalogistes. Apparemment, il n’a pas d’équivalent.


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