Les généalogistes en savent quelque chose : qui n'a jamais rencontré la mention du nom de son ancêtre rédigée de façon fantaisiste, phonétique ou avec une faute énorme ? C'est ainsi, l'humain n'est pas parfait, et nos amis les curés ou officiers d'état civil ne l'étaient pas plus que nous. Mais ne les incriminons pas trop, car il n'y a jamais eu de règle en matière de noms de famille, ni hier, ni aujourd'hui. Jean-Louis Beaucarnot l'explique bien :

"Les noms de famille n’ont jamais eu d’orthographe, et ce en gros jusqu’à la création des livrets de famille (vers 1890) et même, en fait, jusqu’à la généralisation de l’alphabétisation, au début du XXe siècle. Il en résulte que, deux frères ont fort bien pu voir leur nom orthographié différemment sur leur acte de naissance (Dupont et Dupond, Després et Déprez…), comme il arrivera fréquemment au généalogiste de voir un même nom de famille orthographié de trois façons différentes dans le corps d’un même ancien acte de mariage ou de naissance. On ne saurait, dès lors, s’attarder davantage à des questions de particules."

1/ Avant la Révolution française

Nous avons tous remarqué que nos amis les curés, pendant l'Ancien Régime, écrivaient de façon très différente les uns des autres. Certains "comme des cochons", d'autres avec application. Mais dans tous les cas, pas une orthographe de nom n'est identique et pour cause, il n'y avait ni loi ni obligation en la matière. La population étant majoritairement analphabète et cela n'était alors, il faut bien l'avouer, guère un problème, ni pour l'administration ni pour les principaux intéressés.


Selon les régions, les variations pouvaient s'accentuer, notamment dans les régions où l'accent joue un rôle déterminant, mais aussi la tradition de la féminisation du nom comme en Alsace (on rajoute au nom le suffixe -in ou -en à la femme) ou dans le Sud-Est (suffixe -ette, -esse ou -ine, etc.). Inutile de préciser que lorsqu'un ancêtre quitte sa région pour une autre, qui possède un autre patois et d'autres habitudes, les changements peuvent être importants, comme pour les noms allemands, italiens ou espagnols qui sont parfois tout bonnement "traduits" et francisés. Et puis il y a bien sûr la phonétique : même si le nom se prononce de façon identique, c'est le scribe qui décidera s'il met 1 ou 2 T, 1 ou 2 L, etc.

Voici quelques exemples :

- Lefevre, Lefebvre, Lefébure, Faivre
- Raffestin, Raffetin, Raffaitin
- Genieis, Geniez, Genouese, Genovese
- Buonfiglio, Bonfigli, Bonfils, Bonfis
- Schmidt, Schmitt, Schmid, Chemide, Schmied, Forgeron

Des milliers d'autres existent, il n'en existe aucun répertoire et chaque généalogiste est susceptible de découvrir des formes bizarres ou étonnantes d'un nom qu'il a l'habitude de lire...

2/ Depuis la naissance de l'état civil

"Aucun citoyen ne pourra porter de nom ni de prénom autres que ceux exprimés dans son acte de naissance : ceux qui les auraient quitté sont tenus de les reprendre". La loi était déjà claire dès la Révolution Française (loi du 6 fructidor an II), mais cela n'a pas empêché les erreurs de subsister...
Or, c'est surtout depuis le XIXe siècle et la fixation de cette règle que les erreurs sur les noms sont devenues vraiment gênantes pour leurs porteurs.


En effet, l'apparition d'une administration toujours plus exigeante a créé de réelles difficultés par la mise en place, même inconsciente, de référence à un précédent document pour établir l'actuel.

Car, depuis cette époque et jusqu'à aujourd'hui, qu'est-ce qui fait qu'un nom est orthographié comme il l'est ? Uniquement le report d'une mention antérieure sur laquelle on prend exemple, plus encore que sur la seule parole de la personne concernée.

Et le report manuscrit de ce nom dépend du niveau d'alphabétisation du scribe, de sa disponibilité et de l'attention qu'il porte au document de référence, sans parler de la compréhension de ce qu'il lit sur le document précédent.

Evidemment, on n'évoque pas ici les cas ou le rédacteur n'a cure de vérifier ce qu'il inscrit et fait confiance à son oreille pour transcrire le nom que lui annonce la personne, cas encore très répandu tout au long du XIXe siècle.


A la fin du siècle, malgré la norme établie par les livrets de famille depuis une ou deux décennies, les erreurs restaient récurrentes, et les deux articles reproduits ci-dessous (rédigés à une semaine d'écart), publiés dans le quotidien national Le Petit Journal (1913) laissent à penser que le problème était encore bien dérangeant pour qu'on le traite en Une :

erreurs_etat_civil_30_aout_1913.jpg










erreur_etat_civil_8_septembre_1913.jpg
Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de cet article et un cas concret sur le XIXe siècle.