Voici un cas concret de changement de nom, observé dans le Cher sur cinq générations d'individus ayant vécu dans des villages avoisinants :

Génération 1 : Mariage de Jean en 1779 : son nom est orthographié ARNOUX. D'autres familles dans le village se nomment ARNOUX, cette orthographe semble être la plus courante à l'époque, partout dans la région.

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Génération 2 : Entre 1826 et 1845, son fils Charles est le père de plusieurs enfants. Il est d'abord dénommé ARNOUX et ARNOULT puis, sans doute par déformation par rapport au langage parlé de la région, qui roule les R, le AR- se transforme en RE-. On passe donc de ARNOUX à RENOUX, mais l'orthographe reste très aléatoire : RENOU, RENOUX et RENOULT. La plus fréquente alors est RENOUX avec un X que l'on retrouve pour d'autres familles.

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Génération 3 : En 1834 sur son acte de naissance (à gauche),son fils Jean est, on l'a vu ci-dessus, dénommé RENOUX. Il l'est aussi sur son acte de mariage en 1858 (à droite), on notera la façon dont le X est formé :

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Nouveau changement : sur l'acte de naissance de son fils en 1873, le X se transforme en E. Peut-être un nom un peu trop vite reporté par le scribe qui a sous les yeux l'acte de mariage de Jean, ci-dessus, dont la terminaison orthographique du X peut laisser penser à un E ?

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Génération 4 : Son fils Claude Louis, prénom usuel Louis, se marie en 1898 : sur le même acte deux orthographes coexistent. Il est d'une part dénommé RENOUE avec un E, comme cela est indiqué sur cet acte (à gauche), mais d'autre part il signe bien son nom avec un X (à droite), ignorant peut-être même cette erreur d'orthographe ou n'y ayant pas accordé d'attention.

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Génération 5 : En 1930, le fils de Louis, Georges, a adopté l'orthographe RENOUE avec un E puisqu'il signe de la même façon que cela est rédigé sur l'acte. LA terminaison du E peut cependant laisser penser à un X mal fait.

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A la génération suivante et à celle qui a encore suivie, tous les descendants, sans exception, portent le nom de RENOUE. Cette orthographe est désormais officielle, et aucun retour en arrière ne serait possible sauf à agir auprès de l'État.


Les erreurs d'orthographe, un problème du passé ?

En 2013, on pourrait croire que l'orthographe des noms n'est plus un problème. Cela est vrai en partie, mais pas complètement. L'informatique et avant-elle la dactylographie, d'une part ne sont pas exemptes d'une faute de frappe (les exemples pullulent sur Internet) que l'on peut en général faire rectifier rapidement sur les documents officiels erronés, et d'autre part leur utilisation a engendré un nouveau problème : celui de l'accentuation.


Avez-vous par exemple essayé de taper un E majuscule accentué avec un PC ? Peu de gens connaissent la façon de le faire, à tel point que cela donne lieu à des articles complets sur divers sites web (voir par exemple celui de Futura-Sciences de juillet 2013). Il faut en effet mémoriser une combinaison de touches savante pour taper ce É pourtant banal à écrire manuellement. Un comble ! Mais rien d'étonnant alors à ce qu'un employé de l'état-civil choisisse la solution de facilité et utilise un E.


Ainsi, bien qu'il ne s'agisse pas d'un nom de famille mais d'un nom de lieu, la commune de Tourrettes-sur-Loup, dans les Alpes-Maritimes, a vu son nom officiel transformé en Tourrette-sur-Loup, sans le S final, en 1982, nom qui n'a jamais été rectifié depuis par l'administration, la mairie n'ayant jamais réussi à obtenir gain de cause. Les individus étant sans doute plus prompts à réagir qu'une administration, le cas reste rarissime, mais peut-être avez-vous des exemples de nom transformé suite à une faute de frappe, et jamais rectifié ?


En matière de noms accentués, le problème est même de taille, a tel point qu'un élu a lancé une pétition à ce sujet en 2004. Une association a également été créée, accentuez.mon.nom.free.fr, qui défend vigoureusement le respect de l'orthographe avec ses accents. Un bémol doit cependant être prononcé, car l'accentuation elle aussi est une invention moderne : les accents apparaissent au XVIIIe siècle, et aucun porteur de nom accentué actuel ne peut affirmer que son nom a toujours été écrit avec un accent ou pas, il se fie à son propre vécu, à ce qu'il a connu de son vivant ou de celui de ses parents, mais ne remonte en général pas plus loin.
Reste que la frustration de voir son nom rédigé sans accent alors qu'il en a un est réelle et sérieuse, car bien souvent c'est toute la prononciation qui s'en ressent. Un généalogiste en a fait l'amère expérience qu'il décrivait fort bien sur son blog en 2008.


clavier_japonais.pngEnfin, on ne manquera pas d'évoquer les problèmes liés aux noms étrangers, et notamment à ceux qui sont rédigés avec des alphabets non latins. Les américains ne disent-ils pas Bin Laden pour Ben Laden ? Ici, la transcription de la langue arabe donne lieu à une interprétation directe du scribe : il serait intéressant d'obtenir l'avis d'un secrétaire de mairie ou agent administratif lorsqu'il doit écrire en alphabet latin un nom arabe, russe ou chinois.
Avec une mixité sociale aussi forte qu'aujourd'hui, on voit que les problèmes sont loin d'être résolus...


La semaine prochaine, nous évoquerons la façon de saisir vos noms de famille dans votre arbre généalogique, sur GeneaNet.

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