Quels types de documents font l'objet de vos recherches, comment les sélectionnez-vous ?

Nous voulons être le plus complet possible, conserver toute la mémoire du village, sous toutes ses formes. Nous ne privilégions aucun document. Nous collectons les textes sous toutes formes possibles, les plans, les photos, les films, les enregistrements sonores...

larnagol3.jpg- Nous recherchons tout ce qu’on peut trouver dans les archives : archives départementales en ligne, archives des journaux locaux, archives communales. Cet été, j’ai numérisé le cadastre napoléonien qui est conservé à la mairie, mais aussi toutes les matrices cadastrales. Ce document (fiscal, rappelons-le) permet de connaître l’usage de chaque parcelle de terrain, les propriétaires successifs des habitations et les impôts qu’ils payaient. Nous avons également numérisé un dossier complet (plus de 300 pages) contenant l’historique de l’électrification du village avec des plans, des courriers,...

- Nous demandons aux habitants de nous confier leurs documents. Sur les photos, nous identifions les ancêtres, les lieux ; de plus c’est là l’occasion de les écouter nous raconter ce qu’ils ont vécu dans leur jeunesse, voire ce que leur ont dit leurs parents ou grands-parents. Sachant qu’il y a plusieurs nonagénaires dans le village, cela nous en apprend plus sur la vie du village à la fin du XIXe siècle.

- Certains habitants (descendants de familles aisées) sont en possession d’archives personnelles très fournies. Nous avons ainsi récupéré des anciens documents notariaux (baux, échanges de terres, contrats de mariage, inventaires,...) dont les plus anciens datent de 1725 ! Nous avons également trouvé des livres de comptes tenus jour par jour, avec les dépenses au centime près, sur la période 1880-1920. Ce sont des documents, rares dans des archives personnelles, qui fourmillent de renseignements sur la vie quotidienne du village, sur les habitudes des habitants et leurs relations.

- Nous enregistrons les récits des anciens (et des moins anciens). Ces enregistrements sont ensuite « découpés » en plusieurs bandes sonores qui viennent compléter les articles. Certains enregistrements sont en occitan, langue qui est encore parlée par les plus vieux habitants.
- Nous recherchons également des enregistrements en super 8 pour les numériser.

La seule chose que nous nous refusons, c’est la diffusion de documents qui sont trop personnels ou qui pourraient porter préjudice à des descendants encore vivants : Comme dans tous les villages, il y a les histoires que tout le monde sait, qu’on se chuchote mais qu’on n’étale pas au grand jour, encore moins sur le web.
F., 93 printemps et larnagolais pure souche, nous a confié : « Qu’on soit cocu.... passons, mais officiellement, c’est gênant ! ».



Comment procédez-vous pour collecter les informations ?

En ce qui concerne les archives communales, nous avons obtenu l’autorisation du maire pour numériser tout ce qu’on peut trouver en mairie. Il est même fortement demandeur. Pour d’autres institutions, comme SGA-mémoire des hommes ou la base Léonore, nous avons demandé des autorisations de publication.

larnagol1.jpgPour le reste, nous employons la méthode la plus simple : aller au contact des habitants. Eux aussi sont demandeurs et ils n’hésitent pas à (se) raconter, parler de leur jeunesse, de leurs ancêtres, de la vie au début du XXe siècle, de leur travail. Ils nous confient volontiers leurs photos et leurs documents.

Nous avons également profité des supports existants pour lancer des appels : le blog de la commune et le bulletin d’information communal sont des bons relais.



Quelle est la place de la généalogie dans votre travail ?

La généalogie ne représente qu’une petite partie du site. En 2012, j’avais réalisé une « petite généalogie » pour montrer les liens du sang entre une trentaine de larnagolais encore vivants. Elle avait été exposée lors d’un repas communal. Devant les demandes de plusieurs personnes, je l’ai publiée sur Geneanet.
J’ai également effectué le dépouillement des 16 recensements de Larnagol qui sont publiés sous forme de PDF, avec un index alphabétique.



La vie d'un village comporte souvent de nombreuses interactions avec les communes alentours, comment faire pour les évoquer ?

Parler d’un village c’est déjà énorme. Il s’agit d’un projet qui va s’étaler sur plusieurs années, peut-être plus de dix ans !
Nous évoquons les villages voisins quand c’est dans le fil de l’histoire, quand cela s’intègre à un sujet que nous évoquons. Par exemple, nous parlons de Calvignac lorsque nous traitons du pont qui a relié les deux communes en 1970 (auparavant, c’était un bac !).



Si vous aviez des conseils à donner à ceux qui souhaiteraient se lancer dans un projet identique ?

- Ne pas hésiter à aller voir la population, en commençant par les plus vieux. Il y a urgence. Les nonagénaires d’aujourd’hui sont nés au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Ils ont connus les importants changements qui se sont produits jusque dans les années 1950/1960 : arrivée de l’eau courante, de l’électricité, de la radio, mécanisation de l’agriculture, amélioration sensible du confort intérieur,... Ils ont aussi entendu parlé de la période 1870/1914 et ils ont souvent une mémoire intacte de celle-ci. C’est le moment ou jamais de collecter et d’enregistrer ces témoignages.

- Tout enregistrer, tout noter, tout photographier ou scanner. On aura le temps de trier après.



> Retrouvez la première partie de notre interview ici consacrée aux auteurs et à la présentation du projet



[ Le site "Mémoires de Larnagol" ]