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GeneaNet : Communauté : Blog Généalogie Lundi 13 octobre 2008 | Fête de Saint Géraud d'Aurillac drapeaux English Español Français Italiano Deutsch Nederlands   

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Un acte de décès hors du commun

La généalogie est un domaine passionnant : nous découvrons constamment des éléments nouveaux, nous sommes toujours étonnés, surpris, émerveillés, et le poids des ans ou l'habitude n'y changent rien.

Ainsi, M. Moureaux, lors de ses recherches dans la commune de Reyvroz, en Haute-Savoie, a découvert un acte de décès véritablement extraordinaire, qu'il nous fait partager aujourd'hui.

On le sait, les actes de décès sont souvent très laconiques avant le XIXème siècle. Il est exceptionnel d'y trouver la cause de la mort. Dans le cas présent, celle-ci avait dû choquer tellement de paroissiens, que le curé du village s'est senti dans l'obligation de s'en faire l'écho au travers de ses registres...

En sus d'être particulièrement difficile à supporter, cet acte nous laisse deviner les difficultés de vie de l'époque, quand la médecine n'en était qu'à des balbutiements qui nous laissent pantois aujourd'hui :

Décès de Claudine Barnod, 14 Mai 1754

L'an mille sept cent cinquante quatre le quatorze Mai est morte et le jour suivant a été enterrée au cimetière de la paroisse Claudine Barnod veuve de Bernard Colloud âgée de soixante ans munie des sacrements plusieurs fois pendant la maladie qui la prendra l'avenir aussi bien par le passé et le présent ayant eu une tumeur depuis 1747 au ventre et à coté et qui est resté toujours la même, le ventre lui sauta et les boyaux sortirent par cette rupture au dessous de la dite tumeur. Le 8 septembre 1747 ses parents firent appeler le même jour le docteur Dessaix habil chirurgien de Thonon qui après avoir examiné et lavé pendant plus de deux heures de suite les boyaux et jugea pas a propos de les faire rentrer dans le ventre quelques jours après cette pauvre femme fit appeler Marie Dubouloz de cette paroisse et lui fit agrandir le trou avec des ciseaux et les lui remis dans le ventre et fit ensuite une couture à la peau du dehors pour les empêcher de sortir de nouveaux mais la nuit suivante la pauvre défunte senti cette rupture se rouvrir le fil de la couture se cassa et les boyaux sortir derechef qui depuis le fond toujours sauté hors de sont ventre, les portants pliés dans ses linges quelle avoit soin de blanchir elle même pour le faire dans une grande propreté. Le second juillet 1748 les dits boyaux furent compris sont tous les excréments solides et autres, ne sortirent que par ce trou par le moyen de ces boyaux rompus, pendant leur....... elle feroit encore de petits ouvrages, venoit régulièrement aux offices jusqu'à 14 jours avant sa mort quelle fut alité et ce qu'il y a de plus surprenant, est qu'a la nouriture n'étoit que du pain de Perette d'avoine et orge et quelques gouttes d'eau avec du sel et peu de graisse qui fait toute la soupe des pauvres gens de ce pays.dont elle étoit du nombre, taut ce que dessus est très véritable et a été vu par un grand nombre de personnes et surtout de je soussigné entre les mains de qui elle soupira en lui faisant la recommandation de l'âme et mourut en disant que rien ne lui fesoit de peine sauf de n'avoir pas assez souffert pur les péchés en foi de quoi je vais signer .

Ainsi est signé Germain Curé

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Médecin, je suis encore plus en extase devant la méthodologie décrite par ce brave (pour nous avoir transmis ce témoignage) curé dans le but de guérir cette "pauvre"...défunte! "Pauvre" est mon commentaire n°1: non, "le bon vieux temps" n'exitait pas!!! Le n° 2 est le même que le vôtre: la généalogie est passionnante!

Sans aucune ironie, ça me fait penser au Petit Chaperon Rouge, et à la grand-mère qui ouvre le ventre du loup avec des ciseaux, y met des grosses pierres, puis recoud le ventre... Mais ce qui me frappe le plus dans cet acte, c'est la quantité de précisions données par le curé !

quel extraordinaire acte de décés . grace a ce brave curé en lisant ses notes ont se voit a coté de cette pauvre defunte

Passionnant, généalogie et Santé réunis... Certainement traumatisant pour ce ... pauvre curé ; Allure de conte, certes.

Il est difficilement possible de s'imaginer les conditions de vie rudes qu'ont eu à supporter nos ancêtres. Quelle beau témoignage qui nous permet de nous retrouver plus de 2 siècles en arrière. Tout généalogiste rêve de trouver de tels actes.

Les registres paroissiaux recèlent bien des trouvailles... Permettez-moi d'ajouter à propopos de sa nourriture qui "n'étoit que du pain de Perette d'avoine et orge et quelques gouttes d'eau avec du sel et peu de graisse qui fait toute la soupe des pauvres gens de ce pays", quelques précisions sur le pain. A cette époque, pas encore de Perette concurrente des baguettes dotées d'un joli prénom ! Le pain, aliment de base de la nourriture, était généralement fabriqué de plusieurs céréales. Le pain blanc, pain de froment, consommé au quotidien par une infime élite, était réservé aux fêtes, aux noces, comme à Noël le pain de "Shalande". Le plus souvent, le pain était composé d'avoine, de seigle, d'orge, et de pesette auxquels on ajoutait parfois de la pomme de terre. La pesette est le nom local de la vesce, légumineuse papilionacée dont les graines entraient autrefois dans la fabrication du pain le plus communément consommé. En Val de Thônes, ce pain de tous les jours s'appelait "pan pesatu", du nom des céréales mêlées qui le composaient : blé, seigle et vesces semés pêle -mêle et récoltés sans les trier. Sources : Aimé Constantin, Dictionnaire Savoyard, p.312, 1905 et Cuisines et recettes en Val de Thônes, Amis du Val de Thônes n° 22, M. Fillion, p. 95 .

Il est en effet très rare de trouver autant de détails de la part d'un ecclésiastique qui, bien souvent, ne notaient même pas le prénom de l'enfant décédé ou le nom du conjoint du défunt. Mais, je pense que cela a dû le traumatiser... Pauvre femme ! Je suis heureuse de vivre à cette époque moderne où la médecine arrive à soigner et guérir presque tout et où on arrive à soulager la souffrance ! J'imagine ce qu'elles ont dû être pour elle... Ce genre d'anecdote m'a fait penser à ceux qui, encore à notre époque, vivent dans des pays où ils n'ont pas accès aux soins les plus élémentaires ! Leur situation est à peu près semblable à celle de cette pauvre femme il y a 260 ans ! Je crois que nous devrions être plus généreux afin de venir en aide à ceux qui n'ont rien pour que ce genre de drame ne soit plus qu'une histoire "d'un autre temps" !

En tant qu'écrivain, au-delà de cette description patho-physiologique je soulignerais l'expression écrite de ce prêtre. Un moyen sans doute d'élaguer la souffrance de cette dame qu'il semble avoir sinon accompagner du moins admirer. La page d'écriture - la conterie s'entend, me touche sinon davantage encore que le résumé de cette fin de vie d'une beauté émouvante. En tous temps l'écriture est l'exutoire des âmes sensibles... et je ne parle pas là de sensiblerie, mais d'émouvance... Quant à la généalogie, elle est notre sang même, celui qui abreuve les pages d'histoire en esquisses passionnés, passionants !

Nous imaginons parfaitement la souffrance que cette femme a endurée au cours de sa maladie et pourtant elle considère que cela n'a pas suffit pour l'expiation de ses péchés. Quelle croyance, quelle ferveur ! Peut-on trouver actuellement des personnes de cette trempe ? Moi personnellement j'en doute.

J'aimerais tellement que cet acte soit lu par tous les patients souffrant de petits maux bien derisoires ,comparés à ceux de cette pauvre femme, et qui nous font remarquer nos 5 mn de retard pour leurs soins ou qui n 'acceptent plus un prelèvement sanguin sans avoir ,au paravant ,recu de patch anestesiant

Tout à fait d'accord avec Eliane Gaspard. Ce genre de situtation existe encore dans de nbreux pays, et ce qui passe ici pour une anecdote "croustillante" d'un acte de décès, n'est que réalite quotidienne pour bon nombre d'habitants de notre planète. De même, ce curé a senti le besoin de décrire l'agonie de sa paroissienne, le coté spectaculaire de la maladie l'ayant visiblement impressionné,mais il est probable que la mort ne venait que rarement sans souffrance en ces temps là, les hôpitaux qui servaient de mouroir avaient entre autres préoccupation la gestion de l'odeur dégagée par les infections des malades.

Connaissez-vous le site Anecdotes et archives? Ils seront "heureux" je pense de recevoir votre relevé d'acte stupéfiant... http://perso.wanadoo.fr/j.marchal/anecdotes/petitehist.html

Quelle misére!!! nos ancêtres ont beaucoup souffert. Dans les années 60, j'ai connu une dame qui fut hospitalisée d'urgence , son ventre ayant gonflé subitement en quelques heures. Par chance à cette époque les hopitaux soulageaient ces patients qui n'avaient pas à subir les souffrances de cette dame. que la paix soit sur elle. Edith

pourquoi ne donnez-vous pas votre source ?

Pour Christian Gaspard : pour info, mon père est originaire de l'Aisne, plus précisément de Sains-Richaumont. Si vous avez des questions, pourriez-vous les poser sur le forum au patronyme GASPARD et j'irai y jeter un oeil (je viens de demander de créer un forum à ce nom). A plus tard.

Bonjour, pardon d'internenir de manière impromptue dans cette discussion mais je souhaiterais pouvoir entrer en contact avec Eliane Gaspard dans le cadre d'une recherche généalogique. Merci par avance de votre aide. Christian gaspard

Merci pour le blog qui très bien fait. Vraiment captivant! Bravo !

La description de la cause de mort n'est pas une rareté dans les régistres paroissiaux, même si elle est souvent succinte. Les régistres de Tomils (Grisons, Suisse) précisent souvent qu'un tel étant ivre est tombé dans un précipice, qu'un autre s'est noyé dans le lac de Canova. Ceux de Gallivaggio (Val San Giacomo Italie du Nord) raccontent que l'un de mes ancêtres, de retrour de la guerre de trente ans (1618-48) sans la moindre cicatrice, et s'étant arrêté pour contempler enfin les toits de sont cher village, fut tué par un pierre tombée de la montagne !

Oui, j'ai déjà noté les enfants dévorés par les loups, et autres détails bien tristes. Quant à moi, je voudrais savoir si, dans le 73, et le 74, les prénoms ; Natoire, Natoise, sont connus. Un ancêtre Natoire Pommier, dans les Vosges se nommant POMMIER Merci.

Dans tous ces fichiers retrouvés, et tous ces commentaires chargés d'émotion, la généalogie cultive une véritable aristocratie, celle du coeur .
C'est mieux qu'un vase
" ....ces bouqets de fleurs qui partent à la recherche dun coeur et ne trouvent quun vase " ( préface de " Odette Toulemonde °. Eric-Emmanuel-Schmitt .

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