Jean Tosti présente : les noms de familles Bretons / 3
Si les patronymes bretons comportent une très forte proportion d'anciens noms de baptême, les autres catégories sont également bien représentées, en particulier les noms de métiers et les surnoms divers...
Dans la plupart des cas, ceux-ci sont précédés de l'article défini français « le », équivalent du breton « an », souvent rencontré dans les textes anciens. La Bretagne n'est d'ailleurs pas une exception : le département voisin de la Manche et plus généralement la Normandie utilisent le même procédé, que l'on retrouve aussi dans le Nord (penser aux nombreux Lefèvre et Lefebvre évoqués dans un précédent article). Simplement, dans ces régions, l'article a été le plus souvent agglutiné au nom, ce qui est rarement le cas en Bretagne.
Noms de métiers
A tout seigneur tout honneur, le forgeron, Le Goff, qui arrive en troisième position des noms portés en Bretagne, et sans doute en deuxième si l'on ajoute la variante Le Gof. On lui adjoindra les formes plus françaises Le Fèvre, Le Febvre, Le Feuvre et le Feuve (du latin faber).
Autre métier très en vue, celui de charpentier, exprimé par le nom (Le) Calvez et ses variantes (Le) Calvès, (Le) Calvé. Pour le reste, on a souvent utilisé les noms français correspondants, et les formes bretonnes, même si elles existent, ne sont pas forcément les plus courantes. Le meunier se dit Le Mélinaire (variante : Le Milinaire), le tonnelier (Le) Barazer ou Le Fustec, et le boucher Quiguer. Notons quand même, parmi les noms relativement fréquents, le cordonnier, appelé Quéré ou Le Quéré, et le tisserand, qui est en breton (Le) Guyader. Le médecin est représenté par le nom Le Mézec, et le notaire ou son clerc s'appellent Le Sciellou (celui qui met les sceaux). Très breton autrefois, mais aujourd'hui on ne s'en aperçoit plus, le nom Le Matelot désignait bien sûr un marin.
On ne peut cependant terminer cette revue sommaire des métiers sans évoquer le barde, figure légendaire popularisée par les albums d'Astérix. Il s'appelle Le Bars, et se rencontre sous de nombreuses variantes (Le Bart, Le Bard etc?). On le retrouve en breton moderne sous la forme barzh (= poète).
Surnoms divers
Cette catégorie est très bien représentée, les Bretons n'ayant pas hésité à multiplier les qualificatifs moqueurs (parfois aussi flatteurs), devenus par la suite noms de famille. Ils sont souvent bien difficiles à interpréter : ainsi, j'ai parmi mes ancêtres de nombreux Pézennec, qui me posent quelques problèmes. Le nom (autrefois Le Pezelec) désigne apparemment celui qui a une jatte, une écuelle en bois. Reste à interpréter le surnom, et ce n'est pas facile, même si on a tendance à penser à un mendiant (je ne descends décidément pas de Charlemagne !). Et que dire des Le Bail (l'un des cent noms les plus portés en Bretagne) ? Le mot « bail » s'applique à un animal qui a une tache blanche sur le front, mais je n'ai jamais rencontré le moindre individu doté de cette singularité. Marie Thérèse Morlet parle dans son dictionnaire d'un « surnom appliqué à la personne qui a le visage tacheté ». En fait, elle est comme moi, elle n'en sait rien ! Précisons que celui qui a des taches de rousseur s'appelle Le Bris.
Heureusement, tous les surnoms ne sont pas aussi difficiles à interpréter. On retrouve en Bretagne les surnoms les plus courants en France, notamment ceux qui sont liés à la taille ou à la couleur des cheveux. Notons d'abord le nom Le Roux, certes pas très breton étymologiquement, mais qui est le deuxième nom le plus porté en Bretagne. Ses équivalents bretonnants seront Le Ruz et surtout Le Guell. Celui qui a les cheveux noirs s'appelle Le Du, et les Le Guen ont des cheveux blanchissants, tout comme les Le Louet (= le gris). Quant aux chauves, très nombreux en anthroponymie, ce sont en Bretagne des Le Moal.
La taille joue un grand rôle dans le choix des surnoms. Les grands ne sont apparemment pas les plus représentés, même s'il existe de nombreux Le Bras, Le Meur ou Le Hir. C'est envers les petits que la verve bretonne se déchaîne. Les plus petits sont des nains ou des lutins, représentés par les noms Le Corre (quinzième nom le plus porté en Bretagne), Corric, Corrigou. Le nom Le Bihan (bihan = petit) arrive pour sa part en vingt-quatrième position, précédant de très peu les Le Berre (vingt-sixième place, berr = court). Albert Deshayes (Dictionnaire des noms de famille bretons, Le Chasse-Marée-ArMen) ajoute à ce trio les noms Le Huitoux (c'hwitous = menu), Granic (petit comme un grain) ou encore Brignonen (miette de gruau).
Les infirmités physiques sont montrées du doigt : Le Dall est un aveugle, Le Born et Le Borgne se passant de commentaires. Le Boulc'h a sans doute un bec de lièvre, Le Manc et Le Mogne sont manchots, Le Cam est boiteux, éventuellement bossu pour certains auteurs, rejoignant les Le Bolzec, Bossenec et Crom, qui eux sont bel et bien des bossus. Le Mut est évidemment muet, ce qui lui évitera de dire des bêtises comme le faisaient sans doute les Le Foll et les Le Diot.
Il est impossible de passer ici en revue toutes les catégories de surnoms, bien trop nombreuses. On les trouvera dans l'excellent ouvrage d'Albert Deshayes cité plus haut. Un dernier mot cependant pour le nom le plus répandu en Bretagne, Le Gall (variante : Le Gal, diminutif Le Gallo), qui a fait couler beaucoup d'encre et suscité de nombreuses interprétations. On est cependant d'accord aujourd'hui pour y voir le surnom des Français, en tout cas de ceux qui étaient étrangers à la Bretagne. Le nom est à rattacher à la racine germanique walah (= étranger).
Noms de métiers
A tout seigneur tout honneur, le forgeron, Le Goff, qui arrive en troisième position des noms portés en Bretagne, et sans doute en deuxième si l'on ajoute la variante Le Gof. On lui adjoindra les formes plus françaises Le Fèvre, Le Febvre, Le Feuvre et le Feuve (du latin faber).
Autre métier très en vue, celui de charpentier, exprimé par le nom (Le) Calvez et ses variantes (Le) Calvès, (Le) Calvé. Pour le reste, on a souvent utilisé les noms français correspondants, et les formes bretonnes, même si elles existent, ne sont pas forcément les plus courantes. Le meunier se dit Le Mélinaire (variante : Le Milinaire), le tonnelier (Le) Barazer ou Le Fustec, et le boucher Quiguer. Notons quand même, parmi les noms relativement fréquents, le cordonnier, appelé Quéré ou Le Quéré, et le tisserand, qui est en breton (Le) Guyader. Le médecin est représenté par le nom Le Mézec, et le notaire ou son clerc s'appellent Le Sciellou (celui qui met les sceaux). Très breton autrefois, mais aujourd'hui on ne s'en aperçoit plus, le nom Le Matelot désignait bien sûr un marin.
On ne peut cependant terminer cette revue sommaire des métiers sans évoquer le barde, figure légendaire popularisée par les albums d'Astérix. Il s'appelle Le Bars, et se rencontre sous de nombreuses variantes (Le Bart, Le Bard etc?). On le retrouve en breton moderne sous la forme barzh (= poète).
Surnoms divers
Cette catégorie est très bien représentée, les Bretons n'ayant pas hésité à multiplier les qualificatifs moqueurs (parfois aussi flatteurs), devenus par la suite noms de famille. Ils sont souvent bien difficiles à interpréter : ainsi, j'ai parmi mes ancêtres de nombreux Pézennec, qui me posent quelques problèmes. Le nom (autrefois Le Pezelec) désigne apparemment celui qui a une jatte, une écuelle en bois. Reste à interpréter le surnom, et ce n'est pas facile, même si on a tendance à penser à un mendiant (je ne descends décidément pas de Charlemagne !). Et que dire des Le Bail (l'un des cent noms les plus portés en Bretagne) ? Le mot « bail » s'applique à un animal qui a une tache blanche sur le front, mais je n'ai jamais rencontré le moindre individu doté de cette singularité. Marie Thérèse Morlet parle dans son dictionnaire d'un « surnom appliqué à la personne qui a le visage tacheté ». En fait, elle est comme moi, elle n'en sait rien ! Précisons que celui qui a des taches de rousseur s'appelle Le Bris.
Heureusement, tous les surnoms ne sont pas aussi difficiles à interpréter. On retrouve en Bretagne les surnoms les plus courants en France, notamment ceux qui sont liés à la taille ou à la couleur des cheveux. Notons d'abord le nom Le Roux, certes pas très breton étymologiquement, mais qui est le deuxième nom le plus porté en Bretagne. Ses équivalents bretonnants seront Le Ruz et surtout Le Guell. Celui qui a les cheveux noirs s'appelle Le Du, et les Le Guen ont des cheveux blanchissants, tout comme les Le Louet (= le gris). Quant aux chauves, très nombreux en anthroponymie, ce sont en Bretagne des Le Moal.
La taille joue un grand rôle dans le choix des surnoms. Les grands ne sont apparemment pas les plus représentés, même s'il existe de nombreux Le Bras, Le Meur ou Le Hir. C'est envers les petits que la verve bretonne se déchaîne. Les plus petits sont des nains ou des lutins, représentés par les noms Le Corre (quinzième nom le plus porté en Bretagne), Corric, Corrigou. Le nom Le Bihan (bihan = petit) arrive pour sa part en vingt-quatrième position, précédant de très peu les Le Berre (vingt-sixième place, berr = court). Albert Deshayes (Dictionnaire des noms de famille bretons, Le Chasse-Marée-ArMen) ajoute à ce trio les noms Le Huitoux (c'hwitous = menu), Granic (petit comme un grain) ou encore Brignonen (miette de gruau).
Les infirmités physiques sont montrées du doigt : Le Dall est un aveugle, Le Born et Le Borgne se passant de commentaires. Le Boulc'h a sans doute un bec de lièvre, Le Manc et Le Mogne sont manchots, Le Cam est boiteux, éventuellement bossu pour certains auteurs, rejoignant les Le Bolzec, Bossenec et Crom, qui eux sont bel et bien des bossus. Le Mut est évidemment muet, ce qui lui évitera de dire des bêtises comme le faisaient sans doute les Le Foll et les Le Diot.
Il est impossible de passer ici en revue toutes les catégories de surnoms, bien trop nombreuses. On les trouvera dans l'excellent ouvrage d'Albert Deshayes cité plus haut. Un dernier mot cependant pour le nom le plus répandu en Bretagne, Le Gall (variante : Le Gal, diminutif Le Gallo), qui a fait couler beaucoup d'encre et suscité de nombreuses interprétations. On est cependant d'accord aujourd'hui pour y voir le surnom des Français, en tout cas de ceux qui étaient étrangers à la Bretagne. Le nom est à rattacher à la racine germanique walah (= étranger).
Jean Tosti






AUTHOR: mellou EMAIL: IP: 213.103.103.17 URL: DATE: 01/19/2005 05:55:20 PM
Rédigé par : mellou | 19 janvier 2005 at 17:55