Jean Tosti présente : les noms de familles Bretons / 2
Retrouvez la seconde partie de la chronique de Jean tosti consacré aux noms de familles Breton. Jean Tosti vous parle cette fois ci des noms d'origine Biblique et des noms d'origine Greco-latin et Germanique.
b. Noms bibliques.
L'une des particularités de la Bretagne, c'est d'avoir accordé une grande part à des noms bibliques portés ailleurs presque uniquement par des juifs, mais ici christianisés et même popularisés par des saints. Tel est le cas d'Abraham et d'Aaron, mais aussi d'Isaac (Izac, Nizac), de Moïse (Moysan, Moisan, Moizan) ou encore de Noé (Nohé) et de Samson.
Salomon est l'un des noms de famille les plus répandus en Bretagne, notamment sous sa variante Salaün. Saint Salomon fut roi des Bretons au IXe siècle. Neveu de Nominoë, il se débarrassa de son cousin et prétendant au trône Erispoë, avant de régner paisiblement de 854 à 874 (dates incertaines), se montrant zélé et charitable. Victime d'une conspiration, il est honoré comme martyr dans le diocèse de Vannes, où sa fête se célèbre le 25 juin. Chose curieuse, on trouve aussi le nom en Bretagne sous sa forme arabisée Souliman, Soulimant.
C'est également en Bretagne que le prophète Elie semble avoir connu le plus vif succès, donnant naissance aux patronymes Ely, Elias, Hélias et à leurs nombreuses variantes graphiques. Même chose avec Daniel (et ses diminutifs Daniélo, Daniélou), popularisé par un saint gallois du VIe siècle. Egalement d'origine hébraïque, mais plus traditionnellement chrétiens sont les noms Mahé (= Matthieu), Mathias, Simon et Thomas. Enfin, le baptême du Christ est associé aux nombreux Jourdain et Jourdan.
c. Noms gréco-latins et noms germaniques.
Bien entendu, la Bretagne n'est pas restée à l'écart des diverses modes, et elle connaît aussi les noms de baptême traditionnels dans le reste de la France. Les graphies et la prononciation sont cependant souvent différentes, comme le montrent les exemples suivants :
Anton = Antoine, Bénéat = Benoît, Coustans = Constant, Dider = Didier, Marzin = Martin, Péron = Pierre (ancien cas-régime).
Un petit problème avec le nom Jaouen, que M.T. Morlet considère comme un nom celtique (vieux breton Iouhoven, à rapprocher du gallois gwen = sourire), mais qu'A. Deshayes (Dictionnaire des noms de famille bretons) rattache au latin Jovenus (dérivé de Jovis = Jupiter). En tout cas saint Yaouen fut un évêque breton du VIe siècle, disciple de saint Pol. A. Deshayes considère le nom Jouan comme une variante de Jaouen, mais il me semble préférable de le rapprocher de Jean.
Les noms d'origine germanique sont bien sûr présents eux aussi, mais moins que dans le reste de la France, du moins en basse Bretagne. Outre l'inévitable Guillerm (= Guillaume, hypocoristique : Guillou) et le très répandu Gautier, Gauthier, on rencontre des noms popularisés par les chansons de geste : Rolland bien entendu (et aussi Ollivier, mais ce dernier nom est d'origine latine), et surtout Hamon, qui arrive en dixième position des noms portés dans la région Bretagne depuis cent ans. Autres noms germaniques très courants : Bernard, Robert, Richard (variante : Ricard).
d. Diminutifs bretons, marques de filiation.
Pour marquer la filiation ou donner au nom une valeur affective, la Bretagne dispose de nombreux suffixes qui lui sont propres. C'est le cas en particulier de -ec et surtout -ic, à l'origine de tant de patronymes : Robic (diminutif de Robert), Péric, Perrec, Alanic, Jouanic. Très répandu également, le suffixe -ou, que l'on trouve dans Daniélou, Jannou, Evenou. Dans la région de Vannes, ce suffixe devient -o et donne des noms comme Oliviero, Oliero, Paulo, Pédrono, Perrodo. Egalement très bretons sont les suffixes -an et -en , moins spécifiquement breton mais fort répandu aussi le suffixe -in. Notons enfin des doubles diminutifs en -egan, -eguen. Petite remarque : le suffixe -ès, -ez, que j'avais mentionné dans un précédent article, est plus souvent considéré comme servant à former des matronymes que des diminutifs.
Mais la Bretagne possède, et c'est peut-être sa principale originalité, un préfixe de filiation d'origine celtique. Ecrit au départ mab-, il est en effet l'équivalent de l'irlandais et écossais mac-, et est devenu par la suite ab-. C'est ainsi qu'Aballain signifie le fils d'Alain et Abhervé le fils d'Hervé. Parmi les autres noms commençant par ab-, on notera en particulier Abgrall, Abguéguen, Abhamon, Abjean (également Mabjean), Appriou (formé sur Riou). Cette liste montre que la préfixation en ab-, surtout pratiquée en Léon, s'est appliquée à des noms d'origines diverses, et pas seulement à des noms celtiques.
Pour terminer cette partie, signalons que, sur les trente noms les plus portés dans la région Bretagne, vingt-quatre sont des noms de personne, proportion nettement supérieure à celle de la France, où ils sont à peine une quinzaine.
Jean Tosti





Il existe aussi des noms d'origine Marrane (juive-portugaise) en Bretagne tels Peres et Lopes (parfois orthographiés Perez et Lopez...). En effet l'historien Cecil Roth atteste la présence d'une communauté Portugaise établie au XVI ième à Nantes et plus généralement en Bretagne. Ces Juifs récemment convertis au catholicisme fuyaient les persecussions des tribunaux de l'inquisition: nombre d'entre eux émigrèrent aux Pays-bas (Spinoza est une figure illustre de cette communauté) et en Angleterre. En France on les retrouve surtout dans la région de Bordeaux . Les Peres et Lopes de Bretagne seraient un reliquat de cette diaspora.
Rédigé par : Ewen | 8 mai 2005 at 17:55