Voilà bien un véritable enjeu financier et délibérément contemporain d'une généalogie que beaucoup, par ignorance, pensent être aujourd'hui aussi nécessaire à la vie quotidienne que la chasse aux papillons. Les propos qui suivent tentent d'expliquer les mécanismes qui régissent cette généalogie, où le plus rapide a toujours raison... Environ 10 000 personnes meurent chaque année, sans enfant ni testament. Certaines d'entre elles laissent un patrimoine non négligeable, auquel cas le notaire chargé du règlement de la succession fait appel à un généalogiste successoral.
Choisie par le notaire, l'une des quelques 50 officines spécialisées lance alors un fin limier dans la nature, dont la mission consiste à retrouver au plus vite l'ensemble des héritiers légaux, sans oublier personne, afin de leur faire signer un contrat dit « de révélation de succession ».
Proche de « l'inventeur d'un trésor », au sens du code civil, ce contrat permet au généalogiste de percevoir des honoraires proportionnels à l'actif successoral. Tantôt, les actifs sont insuffisant pour rémunérer convenablement ce travail de fourmi qui peut prendre des mois, tantôt le montant de la succession est suffisamment important pour que le résultat constitue une véritable aubaine pour le généalogiste.



Dans ce dernier cas, il est recommandé au généalogiste d'agir vite, car aucune exclusivité ne le protège, et si l'un de ses confrères a vent de l'information, il ira immédiatement faire signer les héritiers le premier, pour toucher le pactole. C'est ainsi qu'à tout moment, le pauvre généalogiste doit être sur ses gardes, prêt à partir pour le bout du monde, sans aucune garantie de succès, compte tenu des multiples risques inhérents à la profession : ne rien trouver (ce qui est rare), se faire doubler par un honorable confrère, ne pas retrouver tous les ayant-droits, ne pas parvenir à recueillir les signatures des héritiers, découvrir au cours de l'inventaire un testament rendant inutile l'ensemble du travail généalogique, ou encore en être remis aux décisions de justice face à des héritiers qui, après avoir signé, décident néanmoins de contester les honoraires.

Voilà ce qui attend le fin limier, lui rendant difficile une vie de famille, tandis que de surcroît, on peut dire qu'il n'a pas très bonne presse.
Les généalogistes amateurs le voient d'un bien mauvais ?il, lui reprochant sa vénalité. Les magistrats, à même d'accorder les autorisations de consulter les actes de moins de cent ans, sont un peu jaloux de ce technicien brassant des sommes considérables, les fonctionnaires des archives ou des municipalités lui reprochent un travail supplémentaire, les héritiers se refusent d'abord à le croire, avant de tenter de retrouver l'héritage par eux-mêmes, enfin l'Etat le considère comme un agent de détournement des successions qu'il aurait pu recueillir en l'absence de revendication des héritiers. Sur le tout, ses confrères voient en lui un dangereux concurrent.


Et pourtant, qui a touché à ce métier, avec ses difficultés, ses déceptions, ses retournements de dernière minute, la variété des situations rencontrées, la connaissance de l'intimité des familles, a énormément appris.


F.L